B-roll : définition, exemples et méthode pour le tourner
Une interview de douze minutes, un film à livrer en 90 secondes. Au montage, tu gardes une phrase ici, une autre là, et la personne filmée saute d’une position à l’autre toutes les trois secondes. Sa tête bouge, son regard change, sa main disparaît du cadre. Le spectateur voit chaque coupe.
Ce qui sauve ce montage, c’est le B-roll. Pas comme décoration : comme pansement. Voici ce que c’est, à quoi il sert vraiment, et surtout combien en tourner pour ne pas découvrir au montage qu’il en manque.
Réponse courte : c’est quoi un B-roll
Le B-roll regroupe toutes les images montées par-dessus le plan principal d’une vidéo, en général une personne qui parle face caméra. Des mains au travail, un lieu, un objet, un geste. Le son de l’interview continue pendant qu’on les voit.
Il a trois rôles : montrer ce dont la personne parle, donner du rythme, et cacher les coupes du montage. Le troisième est le plus important, et c’est celui qu’on oublie au tournage.
A-roll, B-roll, plan de coupe, insert : les mots exacts
Le vocabulaire se mélange vite, surtout entre l’anglais du montage et le français du cinéma.
| Terme | Ce que c’est | Exemple |
|---|---|---|
| A-roll | La matière principale, celle qui porte le propos | L’interview de la dirigeante, la prise face caméra |
| B-roll | Tout ce qui se monte par-dessus pour illustrer | Les plans de l’atelier pendant qu’elle parle |
| Plan de coupe | Un plan qui quitte l’action principale pour montrer autre chose | Le bâtiment vu de l’extérieur, un collègue qui écoute |
| Insert | Un gros plan sur un détail de l’action en cours | Ses mains qui signent un document |
Le B-roll est donc la catégorie, le plan de coupe et l’insert en sont deux formes. Sur un plateau, la distinction compte peu : tout le monde dit B-roll.
L’origine du mot explique la logique. Au temps du montage film, les images d’interview étaient montées sur une première bobine, la bobine A, et les images d’illustration sur une seconde, la bobine B. Les deux étaient tirées ensemble. Le nom est resté alors que tout se monte aujourd’hui dans une même timeline : l’A-roll sur la piste vidéo du bas, le B-roll sur la piste au-dessus.
À quoi sert le B-roll au montage
Cacher les coupes
Une interview bien montée se coupe à la phrase, pas à la réponse. Les hésitations, les répétitions, les “euh” et les phrases qui repartent en arrière disparaissent. Sur une interview d’entreprise, ça donne facilement une coupe toutes les deux à cinq secondes.
Chaque coupe sur le même axe de caméra produit un saut visible, ce qu’on appelle un jump cut. Sur un vlog, ça passe, c’est même un style. Sur un film d’entreprise, ça fait amateur. Le B-roll se pose exactement sur ces coupes : l’image change, le son reste continu, et le spectateur n’entend qu’une phrase fluide.
C’est pour ça que je monte souvent avec deux pistes de B-roll au lieu d’une. Quand deux coupes tombent à trois secondes d’écart, un seul plan d’illustration ne suffit pas à couvrir les deux sans paraître trop long. Deux plans courts enchaînés font le travail.
Montrer ce qui est dit
Quand la personne parle de la nouvelle machine, on la voit. Quand elle parle de son équipe, on voit son équipe. Une phrase illustrée au bon moment se retient beaucoup mieux qu’une phrase entendue sur un visage.
La règle est simple : le B-roll suit le sens de la phrase, pas l’ordre de tournage. Un plan de l’accueil posé sur une phrase qui parle de production brouille le message, même s’il est beau.
Donner du rythme
Deux minutes sur le même cadre, même avec une bonne interview, c’est long. Alterner l’interview et les illustrations relance l’attention toutes les quelques secondes, sans couper la parole.
Rattraper une prise
Le son est parfait, mais l’intervenante a regardé sa montre au milieu de la meilleure phrase. Un plan de B-roll posé à cet endroit garde la phrase et efface le geste. Sur un tournage d’entreprise, ce cas arrive à chaque interview.
Exemple : le B-roll d’une interview en entreprise
Prenons un cas courant : une dirigeante de PME interviewée dans ses locaux, pour un film de présentation de 90 secondes. Voici le type de liste que je prépare avant ce genre de tournage. Elle tient sur une demi-feuille.
| Plan | Valeur | Mouvement | Pourquoi |
|---|---|---|---|
| La façade, le panneau, l’entrée | Plan large | Fixe ou léger travelling | Situer le lieu en ouverture |
| L’équipe au travail, de loin | Plan large | Panoramique lent | Couvrir les phrases sur l’entreprise en général |
| Les mains sur l’outil ou le clavier | Gros plan | Fixe | Couvrir les coupes courtes, il passe partout |
| Le produit ou la machine | Gros plan, plan moyen | Travelling au gimbal | Illustrer le cœur du propos |
| La dirigeante qui marche dans l’atelier | Plan moyen | Suivi au gimbal | Introduire la personne avant qu’elle parle |
| La dirigeante en réunion, sans le son | Plan rapproché | Fixe | Couvrir les phrases sur la méthode, la relation client |
| Un détail du lieu : un tableau, un écran, un logo | Insert | Fixe | Plan de secours pour les coupes les plus serrées |
| La lumière qui entre, un couloir vide | Plan large | Fixe | Respiration, transition entre deux idées |
Le gros plan sur les mains est le plan le plus utile de la liste. Il n’a pas de contexte précis, il ne montre pas de visage, il dure le temps qu’il faut. Tourne-le en trois ou quatre versions.
Le même principe vaut pour une publicité. Sur le storyboard d’un film de 42 secondes que j’ai tourné pour Nfinite, autour du catalogue Castorama, le deuxième plan est un plan de coupe de quatre secondes, la page du catalogue vue de dessus. Il ne dit rien de nouveau, mais il fait la transition entre la lectrice et le gros plan sur le QR code.
Combien de B-roll tourner
C’est la question que personne ne pose avant le tournage, et la seule qui compte au montage. La réponse ne se calcule pas en minutes, elle se calcule en coupes.
Le raisonnement :
- Compte les coupes. Un film de 90 secondes monté à la phrase, avec une coupe toutes les trois à quatre secondes, en contient 20 à 30.
- Compte celles à couvrir. Si tu filmes l’interview avec une seule caméra, toutes. Avec deux caméras sur deux axes, à peu près la moitié, parce qu’un changement d’axe cache déjà une coupe.
- Prévois la perte. Sur dix plans tournés, plusieurs ne serviront pas : flou, cadre bancal, quelqu’un qui traverse, plan qui ne raccorde pas avec la phrase.
Pour un film de 90 secondes à une caméra, vise au moins une vingtaine de plans différents, chacun tenu dix secondes. Ça représente une heure à une heure et demie de tournage en plus de l’interview. Si le devis ne prévoit pas ce temps, le montage le paiera.
Le meilleur moment pour tourner le B-roll est après l’interview, pas avant. Tu sais alors de quoi la personne a parlé, et tu peux filmer ce qu’elle a vraiment dit plutôt que ce que tu imaginais.
Comment filmer un bon B-roll
La règle des cinq plans
Une méthode de reportage télé, enseignée depuis longtemps dans les rédactions britanniques, donne une base solide pour chaque action filmée. Cinq plans de la même scène :
- un gros plan sur les mains
- un gros plan sur le visage
- un plan large qui montre la personne et le lieu
- un plan par-dessus l’épaule, qui montre ce qu’elle regarde
- un plan inattendu : un angle bas, un reflet, un premier plan flou
Avec ces cinq plans, n’importe quelle action se monte en quinze secondes sans répétition. Une personne qui fait un café, un technicien qui règle une machine, une vendeuse qui emballe un produit : la recette marche à chaque fois.
Tenir le plan
Lance l’enregistrement, attends deux secondes, fais ton mouvement, attends encore deux secondes, coupe. Dix secondes minimum par plan. Le monteur, même si c’est toi, a besoin de matière avant et après le mouvement pour placer la coupe.
Le mouvement doit avoir un début et une fin. Un panoramique qui démarre et s’arrête proprement se monte. Un panoramique qui erre ne se monte pas.
Bouger, mais avec une raison
Un léger travelling au gimbal donne de la vie à un plan fixe. Un sujet qui entre dans le cadre ou qui en sort offre un point de coupe naturel. Les mouvements de base au stabilisateur suffisent pour la grande majorité des tournages, inutile d’en connaître vingt. Pour les bases du cadre et des mouvements, commence par apprendre à filmer.
Tourner en cadence rapide
Si ton projet est en 25 images par seconde, tourne le B-roll en 50. Au montage, tu peux le passer au ralenti à 50 %, ce qui adoucit les mouvements et rattrape un geste un peu brusque. Pense à adapter la vitesse d’obturation : 1/100e à 50 images par seconde.
Raccorder avec l’interview
Même balance des blancs, même profil d’image, même lumière générale que l’interview. Un B-roll tourné en lumière du jour bleutée posé sur une interview éclairée en lumière chaude se remarque immédiatement. Le vrai travail de raccord se joue au tournage, l’étalonnage ne fait que finir.
Enregistrer le son d’ambiance
Garde le micro de la caméra allumé sur chaque plan. Le bruit de la machine, du clavier ou de la porte qui se ferme, glissé très bas sous l’interview, rend le B-roll crédible. Sans lui, les images ont l’air posées dessus.
Monter le B-roll
Trois habitudes changent la qualité du résultat.
Coupe sur le mouvement. Une coupe placée au moment où la main se lève, où la porte s’ouvre, où le sujet tourne la tête passe inaperçue. Une coupe placée au milieu d’un plan immobile se voit.
Décale l’image et le son. Fais entrer le B-roll une demi-seconde avant le mot qu’il illustre, ou laisse le son de l’interview démarrer avant l’image. Ces décalages, qu’on appelle J-cut et L-cut, rendent le montage plus naturel que des coupes franches sur l’image et le son en même temps.
Dérushe ton B-roll à part. Range-le dans un chutier dédié, avec un nom par type de plan : mains, lieu, équipe, produit. Au montage, tu cherches un plan pour couvrir une coupe précise, pas une heure de rushs. Le montage vidéo devient beaucoup plus rapide quand ce tri est fait avant.
Où trouver du B-roll gratuit
Pexels, Pixabay et Videvo proposent des vidéos gratuites utilisables dans un projet commercial. Lis la licence de chaque clip, elles ne sont pas toutes identiques, et certaines interdisent de revendre l’image telle quelle.
Le B-roll de banque rend service pour un plan générique : une ville vue de haut, un ciel, une autoroute, un clavier. Il atteint vite sa limite :
- la lumière et l’étalonnage ne raccordent pas avec tes images
- le même clip apparaît déjà dans des centaines d’autres vidéos
- il ne montre jamais l’entreprise de ton client
Pour une vidéo client, le B-roll tourné sur place reste la seule option qui tienne. La banque d’images complète, elle ne remplace pas.
Un dernier point si ton B-roll montre des salariés ou des clients reconnaissables : il faut leur accord écrit, même s’ils ne disent rien à l’image. Le cadre est expliqué dans l’article sur le droit à l’image en vidéo, et tu peux générer le document avec l’outil d’autorisation de droit à l’image.
Cinq erreurs fréquentes
- Tourner le B-roll en dernier, à la va-vite. La lumière a tourné, la personne est partie, l’équipe range. Prévois un créneau dédié dans le planning.
- Couper trop court au tournage. Trois secondes de plan, c’est zéro seconde utilisable une fois les mouvements de début et de fin retirés.
- Filmer joli plutôt qu’utile. Le plus beau plan de la journée ne sert à rien s’il n’illustre aucune phrase.
- Ne tourner qu’une seule valeur de plan. Vingt plans larges ne se montent pas entre eux. Alterne large, moyen, gros plan.
- Poser le B-roll au hasard. Un plan de B-roll qui contredit la phrase est pire qu’un jump cut.
Ma recommandation
Sur ton prochain tournage avec une interview, fais le calcul avant de partir : la durée du film, le nombre de coupes probable, le nombre de plans à tourner. Écris la liste. Après l’interview, tourne-la en entier avant de ranger le matériel.
Au montage, compte combien de plans tu as réellement utilisés. Tu sauras, projet après projet, combien il t’en faut vraiment.
Le B-roll n’est qu’un maillon : le cadre, la lumière, le son de l’interview et la façon de vendre ce temps de tournage au client comptent autant. C’est ce que couvre la formation Devenir Vidéaste Pro, du tournage au montage sur Premiere Pro, jusqu’aux premiers clients.
Questions fréquentes
C’est quoi un B-roll ?
Le B-roll désigne toutes les images qui viennent se poser par-dessus le plan principal d’une vidéo, en général une personne qui parle face caméra. Ce sont des plans d’illustration : des mains au travail, un lieu, un objet, un geste. Ils servent à montrer ce dont la personne parle, à donner du rythme et surtout à cacher les coupes du montage.
Quelle différence entre A-roll et B-roll ?
L’A-roll est la matière principale, celle qui porte le propos : l’interview, la prise face caméra. Le B-roll est tout ce qu’on monte par-dessus pour l’illustrer. Une vidéo peut exister sans B-roll, elle ne peut pas exister sans A-roll.
Comment dit-on B-roll en français ?
Il n’existe pas d’équivalent unique. On parle de plans de coupe, de plans d’illustration ou d’inserts selon le cas. Sur un tournage, la plupart des vidéastes disent simplement B-roll.
Qu’est-ce qu’un plan de coupe au cinéma ?
Un plan bref qui interrompt la scène principale pour montrer autre chose : une réaction, un objet, le décor. Il raccorde deux moments de la scène sans que le spectateur voie la coupe. En vidéo d’entreprise, c’est la forme la plus courante du B-roll.
Où trouver du B-roll gratuit ?
Pexels, Pixabay et Videvo, en lisant la licence de chaque clip. Le B-roll de banque dépanne pour un plan générique, mais il ne raccorde jamais parfaitement avec des images tournées sur place.
Combien de temps doit durer un plan de B-roll ?
Dix secondes minimum au tournage, deux à cinq secondes à l’écran une fois monté. La marge sert à choisir le bon morceau et à couper sur un mouvement.
Combien de B-roll faut-il tourner ?
Compte les coupes plutôt que les minutes. Un film de 90 secondes monté à la phrase en contient une vingtaine à une trentaine, et chaque coupe sur le même axe a besoin d’un plan. Vise au moins une vingtaine de plans différents pour un film de cette durée.