Storyboard vidéo : comment le faire, avec un exemple réel

Un tournage qui démarre sans storyboard ressemble toujours à la même scène. Le client demande par quoi on commence, tu réponds qu’on va faire quelques plans d’ambiance pour se chauffer, et deux heures s’évaporent. Au montage, il manque le plan qui aurait tout raccroché.

Le storyboard n’est pas un exercice de dessin. C’est une liste de plans mise en images, faite pour être relue la veille du tournage et cochée sur le plateau. Voici comment le construire, avec un exemple détaillé et un modèle vierge à recopier.

Réponse courte : c’est quoi un storyboard et comment le faire

Un storyboard est la mise en images d’un script : une case par plan, dans l’ordre du film, avec sous chaque case la valeur de plan, le mouvement de caméra, le son et la durée.

Pour le faire, cinq étapes : écris le script, découpe-le en plans, numérote chaque plan, dessine une case par plan même en bâtonnets, puis note sous l’image ce que la caméra fait et ce qu’on entend. Un film de 90 secondes tient sur deux feuilles A4 et se prépare en une heure.

Storyboard, découpage technique, plan de tournage : trois documents différents

La confusion est courante, et elle coûte cher : beaucoup de vidéastes passent un après-midi à dessiner ce qu’ils auraient dû écrire.

DocumentCe qu’il contientQui le lit
StoryboardUne image par plan, la valeur de plan, le mouvement, le son, la duréeToi, le client, l’équipe
Découpage techniqueFocale, hauteur de caméra, axe, lumière, matériel, plan par planToi et l’équipe technique
Plan de tournageL’ordre de la journée, les horaires, les lieux, qui est présent quandToi, le client, les personnes filmées

Le storyboard répond à “à quoi ça ressemble”. Le découpage technique répond à “comment on le fabrique”. Le plan de tournage répond à “à quelle heure et où”.

Sur un film court tourné seul, les deux premiers fusionnent sans problème dans un même tableau. Le troisième reste séparé, parce qu’il circule chez le client et qu’il change jusqu’à la veille.

Ce que contient une case de storyboard

Une case seule ne vaut rien. Ce sont les quatre lignes écrites en dessous qui transforment un dessin en document de travail.

ColonneCe qu’on y écritPourquoi
1, 2, 3, dans l’ordre du filmPour cocher sur le plateau et retrouver le plan au montage
ImageLe cadre, même en bâtonnetsPour montrer où sont les personnes dans le cadre
Valeur de planPlan large, plan moyen, gros plan, très gros planPour varier les échelles et éviter dix plans identiques
MouvementFixe, panoramique, travelling, ralentiPour savoir quel matériel sortir du sac
SonVoix off, son direct, ambiance, musique seulePour ne pas découvrir au montage qu’il manque une voix
DuréeEn secondesPour que le film fasse la durée annoncée

La colonne durée est celle qu’on oublie, et c’est la seule qui empêche une erreur grave. Additionne-la : si tu obtiens 2 minutes 40 sur un film vendu 90 secondes, le problème est sur la feuille, pas au montage.

Exemple de storyboard : un film publicitaire de 42 secondes

Plutôt qu’un cas inventé, voici un storyboard que j’ai réellement tourné. Un film publicitaire de 42 secondes pour Nfinite, autour du catalogue Castorama : le spectateur scanne un QR code sur une page du catalogue, l’application de réalité augmentée pose le produit chez lui, et il termine sur la fiche produit. Tournage en appartement, une comédienne, une équipe légère.

Le document reçu avant le tournage ne contenait pas un seul dessin. C’était une suite de blocs de timecode avec une description par bloc. Remis en tableau, il donne ceci.

TimecodeImageValeurMouvementSonDurée
00-03Une femme lit le catalogue Castorama, installée dans son salonPlan largeFixeAmbiance, musique3 s
04-07La page du catalogue, en pleine pagePlan de coupe, vue de dessusFixeMusique4 s
08-13Le tapis dans la page, puis le QR codeGros planGlissement du tapis vers le codeMusique6 s
14-16Une main scanne le code avec un téléphonePlan rapprochéFixeBip du scan3 s
17-19L’écran du téléphone, appui sur le bouton LancerInsert écranMotion designClic d’interface3 s
20-24Le tapis apparaît dans le salon, en réalité augmentéePlan moyenFixeMusique5 s
25-27Le bouton Consulter, puis l’appuiInsert écranZoomClic3 s
28-30La fiche produit du tapis sur le téléphonePlan rapprochéFixeMusique3 s
31-35Défilement de la fiche jusqu’à Ajouter au panierInsert écranDéfilementClic5 s
36-37Écran de fin, logos Castorama et NfiniteCartonAucunMusique seule2 s
Plan d'ouverture du film publicitaire Castorama : une femme lit le catalogue sur son canapé
Le premier bloc du storyboard, une fois tourné. Trois secondes à l'écran, une demi-journée d'installation derrière.

Quatre choses à retenir de ce document, parce qu’elles se reproduisent sur presque tous les projets.

Il n’y avait aucun dessin, et il a suffi. Des timecodes, une phrase par plan, et tout le monde savait quoi tourner. Le format ne fait pas le storyboard, c’est le découpage plan par plan qui le fait.

Il laissait une option ouverte. Le premier bloc disait “un couple de jeunes mariés ou une personne seule”. La décision s’est prise au casting, pas sur le plateau. Un storyboard fixe l’intention, il n’interdit pas de trancher plus tard, à condition de savoir quelles décisions restent ouvertes.

Quatre blocs sur dix sont des écrans de téléphone. Quatorze secondes sur trente-sept se fabriquent après le tournage, en motion design. Une ligne de devis très différente du reste, et une charge de travail qui se voit avant d’accepter le projet plutôt qu’après.

Une méthode de fabrication était déjà écrite. Pour le plan du tapis en réalité augmentée, deux options figuraient noir sur blanc : le filmer en vrai dans l’appartement, ou utiliser une image de synthèse fournie par le client. Ce genre d’arbitrage coûte une demi-journée quand il se découvre le jour du tournage.

Cadre du plan d'ouverture contrôlé sur le moniteur pendant le tournage en appartement
Le même plan, côté caméra. Le storyboard disait "elle lit le catalogue dans son salon" : la hauteur, la focale et la place du canapé dans le cadre se décident ici.

Dernier point, et c’est celui qui compte le plus : le script s’arrête à 37 secondes, le film livré en fait 42. L’écart n’est pas une erreur, c’est la respiration ajoutée au montage. Un storyboard qui tombe pile à la durée vendue est un storyboard trop serré. Prévois 10 à 15 % de marge.

Si tu n’es pas encore à l’aise avec les valeurs de plan et les mouvements, commence par apprendre à filmer : le storyboard ne sert à rien tant que le vocabulaire du cadre n’est pas acquis.

Le modèle de storyboard à recopier

Pas besoin d’acheter un carnet spécialisé. Une feuille A4 en paysage, six cases de format 16:9 sur deux rangées, et quatre lignes vides sous chaque case. Deux feuilles couvrent un film de 90 secondes.

La version numérique tient dans n’importe quel outil que tu as déjà : Canva, Keynote, Google Slides, ou un tableur avec une ligne par plan. Le tableur a un avantage discret : il additionne la colonne durée à ta place.

Trois règles pour que le modèle reste utilisable :

  • garde le rapport 16:9 sur les cases, sinon tu dessines des cadres qui n’existeront jamais
  • laisse la colonne durée en dernier, c’est celle qu’on remplit en dernier
  • imprime-le, même si tu l’as fait sur ordinateur

Cette dernière règle a l’air anecdotique. Elle ne l’est pas. Sur un plateau, un téléphone s’éteint, se verrouille, tombe en veille au moment où tu as les mains prises. Une feuille pliée dans la poche arrière se coche au stylo.

Sans savoir dessiner : quatre méthodes qui marchent

La question revient dans tous les forums, et la réponse est toujours la même : personne ne regarde ton dessin. On regarde où sont les personnes dans le cadre.

Les bâtonnets. Un rectangle, deux traits pour un corps, un rond pour une tête, une flèche pour le mouvement. Cinq secondes par case. C’est ce que font la plupart des réalisateurs de publicité sur leurs premières versions.

Les photos de repérage. Va sur le lieu avec ton téléphone, cadre les plans que tu comptes tourner, imprime les photos dans l’ordre. C’est la meilleure méthode, et de loin : tu vois la vraie lumière, le vrai espace, les vrais obstacles. Un repérage d’une heure vaut trois heures de dessin.

Installation lumière et caméra dans l'appartement avant le tournage du film
Ce que le dessin ne montre jamais : la fenêtre en contre-jour, la place qu'il reste pour les pieds de lampe, la distance réelle entre la caméra et le canapé.

Les captures d’écran de références. Un plan de film, une publicité, une vidéo YouTube dont tu veux reprendre le cadrage. Utile pour se mettre d’accord avec un client sur une intention visuelle, à condition de préciser que c’est une référence, pas une promesse.

Les images générées par IA. Pratiques pour montrer un décor qui n’existe pas encore ou une ambiance de lumière. Le piège est connu : un client qui voit une image parfaite croit acheter cette image. Annonce clairement le statut de ce que tu montres. Sur le rôle réel de ces outils dans une chaîne de production, j’ai détaillé ce qu’ils savent faire et ce qu’ils ne font pas dans vidéo IA.

Ce que le storyboard change face au client

Un client valide mal des mots. Écris “plan d’ambiance sur l’atelier” et chacun imagine autre chose. Montre une case dessinée et la discussion devient concrète en trente secondes.

C’est aussi un outil de cadrage commercial, et c’est là qu’il rapporte vraiment. Le storyboard validé fixe le contenu du film. Ce qui n’y figure pas ne figure pas dans le devis, et la demande de dernière minute devient une ligne en plus au lieu d’un cadeau. Pour la suite du raisonnement sur ce qui se facture et comment, va voir tarif vidéaste freelance.

Une précaution avant l’envoi : si ton storyboard montre des personnes reconnaissables, la question des autorisations arrive avec, et elle se règle avant le tournage plutôt qu’après la livraison. Le détail est dans l’article sur le droit à l’image en vidéo.

Quand le storyboard ne sert à rien

Autant le dire, parce que le conseil “faites toujours un storyboard” fait perdre du temps à beaucoup de débutants.

Trois cas où il est inutile :

  • l’événementiel et la captation live : tu ne décides de rien, tu suis. Une liste de moments à ne pas rater remplace le storyboard
  • le documentaire et le reportage : la réalité ne suit pas le dessin. Une liste de séquences et de questions fait le travail
  • l’interview seule : deux axes de caméra, une liste de questions, c’est tout

Le storyboard prend son sens dès qu’il y a une intention visuelle décidée à l’avance : film d’entreprise, publicité, clip, fiction, vidéo produit, motion design.

Cinq erreurs qui rendent un storyboard inutile

  1. Trop de cases. Quarante plans pour une minute de film. Le tournage déborde, le montage devient haché.
  2. Dessiner joli. Deux heures d’ombrage sur une case qui sera de toute façon retournée sur place.
  3. Oublier la durée. Sans elle, aucun moyen de savoir si le film tient dans le format vendu.
  4. Le faire depuis chez soi. Un storyboard écrit sans avoir vu le lieu se corrige entièrement le jour J.
  5. Le laisser sur l’ordinateur. Un document non imprimé n’existe pas sur un plateau.

Ma recommandation

Fais-en un cette semaine sur ton prochain projet, même court, même moche. Dix cases, quatre lignes sous chaque case, additionne les durées. Tu verras l’écart entre ce que tu croyais avoir prévu et ce qui était réellement prévu.

Ensuite, garde-le après le tournage et compare avec le montage final. Les plans que tu n’as pas tournés te disent où ton repérage était faible. Les plans ajoutés sur place te disent ce que tu sais improviser. En trois projets, tu sais combien de cases tu peux tenir dans une journée.

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FAQ : storyboard vidéo

C’est quoi un storyboard ?

Un storyboard est la mise en images d’un script : une case par plan, rangées dans l’ordre du film, avec sous chaque case la valeur de plan, le mouvement de caméra, le son et la durée. Il sert à vérifier que le film tient debout avant de tourner, à faire valider les images par le client, et à cocher les plans un par un le jour du tournage.

Comment faire un storyboard quand on ne sait pas dessiner ?

Le dessin ne compte pas, le cadre compte. Bâtonnets dans un rectangle 16:9, photos de repérage prises au téléphone, captures d’écran de références, images générées par IA : les quatre fonctionnent. La photo de repérage reste la plus fiable, parce qu’elle montre la vraie lumière et le vrai espace.

Quel logiciel gratuit pour faire un storyboard ?

Canva, Google Slides, Keynote ou un tableur suffisent. Du papier et un feutre aussi, et ça se corrige plus vite sur un repérage. Les outils dédiés existent, ils ne changent pas le résultat : ce qui rend un storyboard utile, c’est ce qui est écrit sous les cases.

Quelle différence entre un storyboard et un découpage technique ?

Le storyboard montre, le découpage technique décrit. Le premier est visuel et se montre au client. Le second liste la focale, la hauteur de caméra, l’axe et la lumière, et ne quitte pas l’équipe. Sur un film court, les deux tiennent dans le même tableau.

Combien de plans faut-il pour une vidéo d’une minute ?

Entre 12 et 20 pour un film d’entreprise, en comptant chaque interview comme un seul plan. En dessous de 10, le montage manque de matière. Au-dessus de 25, la journée de tournage ne suffit plus.

Faut-il un storyboard pour une interview ?

Non. Une liste de questions et deux axes de caméra suffisent. Le storyboard redevient utile pour les plans d’illustration qui couvriront l’interview au montage : ceux-là se décident avant, sinon ils se tournent au hasard en fin de journée.

Comment dit-on storyboard en français ?

Scénarimage, terme recommandé par la Commission d’enrichissement de la langue française. Sur un tournage, tout le monde dit storyboard.