Tarif vidéaste freelance : combien facturer ta journée

À 250 € la journée, avec 120 jours facturés dans l’année et 6 000 € de charges professionnelles, il te reste 1 360 € par mois avant impôt. C’est le calcul que personne ne fait avant d’annoncer son premier prix.

La plupart des vidéastes qui débutent fixent leur tarif en regardant ce que demande le voisin. Sauf que le voisin n’a pas tes charges, ne facture pas le même nombre de jours et n’a peut-être pas le même statut. Copier son prix, c’est copier un résultat sans connaître l’équation.

Vidéaste en tournage avec une caméra professionnelle, la journée facturée au client
Une journée de tournage se facture, mais elle ne représente qu'une partie des jours réellement travaillés dans l'année.

Réponse courte : quel tarif pour un vidéaste freelance ?

Ton tarif journalier ne se choisit pas, il se calcule. Pars du revenu net que tu veux, ajoute tes charges professionnelles annuelles, remonte le montant pour absorber tes cotisations, puis divise par le nombre de jours que tu factures vraiment.

En France, un vidéaste qui démarre facture souvent entre 150 et 250 € la journée. Un vidéaste installé, qui vend un résultat plutôt qu’une présence, dépasse largement ce chiffre. Entre les deux, la différence tient rarement au matériel : elle tient à ce que tu sais vendre et à ta capacité à tenir ton prix.

Le calculateur de TJM fait l’opération en trente secondes. Ce qui suit t’explique quoi mettre dedans, parce qu’un calculateur nourri de chiffres optimistes sort un tarif optimiste.

Le calcul que presque personne ne fait

Étape 1 : le revenu net que tu veux vraiment

Commence par le bas de l’échelle : combien tu veux qu’il te reste chaque mois, une fois les cotisations payées et le matériel financé.

Pas ton chiffre d’affaires rêvé. Ton loyer, tes courses, ton épargne, tes vacances. Ce montant-là est le seul point de départ honnête. Beaucoup partent du prix qu’ils pensent “acceptable” pour le client et découvrent trois ans plus tard qu’ils gagnent moins qu’en CDI. Pour situer la barre, l’article salaire vidéaste compare ce que rapportent le salariat, l’intermittence et le freelance.

Étape 2 : le nombre de jours que tu factures vraiment

Voilà l’erreur qui coûte le plus cher.

Une année compte environ 220 jours ouvrés. Retire les congés, les jours de prospection, les devis, la compta, les repérages, les relances impayées, les appels qui n’aboutissent pas, le temps passé à te former. Retire aussi les creux de janvier et d’août.

Il reste rarement plus de 120 à 140 jours réellement facturés la première année. Beaucoup tournent autour de 100.

Vérifie plutôt que de croire : reprends tes trois derniers mois et compte les jours que tu as facturés. Le chiffre fait mal, et c’est exactement pour ça qu’il faut le regarder avant de fixer un prix.

Étape 3 : tes charges professionnelles annuelles

Liste tout ce qui sort de ton compte pro sur une année :

  • amortissement de ta caméra, de tes optiques, de ton ordinateur
  • abonnements logiciels, stockage, sauvegarde, site internet
  • assurance responsabilité civile professionnelle et assurance matériel
  • comptable ou logiciel de facturation
  • déplacements, carburant, péages, hébergement
  • musique sous licence, banques d’images, plugins
  • formation

Compte 4 000 à 8 000 € par an dès que tu tournes régulièrement. Le matériel vieillit vite et tu le remplaces plus souvent que tu ne le crois. Si tu n’as pas encore ces chiffres, lis d’abord quel matériel pour débuter en vidéo : tu y verras des budgets réalistes par palier.

Boîtier de caméra professionnelle posé sur un bureau, matériel à amortir dans les charges d'un vidéaste
Le matériel ne se paie pas une fois : il s'amortit, se remplace et pèse chaque année sur ton tarif journalier.

Étape 4 : tes cotisations

En micro-entreprise, un vidéaste relève en général du BNC, soit 25,6 % de cotisations URSSAF en 2026. Pour comparaison : 21,2 % en prestations de services BIC, 23,2 % pour la CIPAV, 12,3 % en vente de marchandises. Ajoute environ 0,2 % de contribution à la formation professionnelle, et 2,2 % de plus si tu as opté pour le versement libératoire de l’impôt.

Ces pourcentages s’appliquent à ton chiffre d’affaires, pas à ton bénéfice. C’est pour ça qu’on ne peut pas les soustraire : il faut remonter le montant à facturer pour qu’ils soient absorbés.

Et attention, le revenu net dont on parle ici reste avant impôt sur le revenu, sauf si tu as choisi le versement libératoire.

Ce que ça donne en vrai

Prenons quelqu’un qui vise 2 000 € net par mois, avec 6 000 € de charges pro annuelles, en micro-entreprise BNC.

Jours facturés dans l’annéeChiffre d’affaires nécessaireTJM à facturer
200 jours (fantasme)40 300 €202 €
150 jours (bonne année)40 300 €269 €
120 jours (réaliste)40 300 €336 €
100 jours (première année)40 300 €403 €

Le chiffre d’affaires ne bouge pas. Seul le diviseur change. Et c’est lui qui décide si tu vis de la vidéo ou si tu la subventionnes.

Retiens la ligne du milieu : autour de 340 € la journée pour un objectif modeste de 2 000 € net. Toute personne qui te dit que 200 € la journée est un tarif correct pour démarrer ne t’a pas montré la suite du calcul.

Refais l’opération avec tes propres chiffres dans le calculateur de TJM avant de continuer. Le tarif qui en sort est ton plancher, pas ton prix de vente.

Du TJM au prix d’un projet

Tes clients n’achètent pas des journées. Ils achètent une vidéo. Ton TJM sert à construire un prix, pas à être annoncé tel quel.

Compte le projet complet : préparation, tournage, dérush, montage, allers-retours, export, livraison. Voici ce que donne la méthode à 340 € la journée.

PrestationJours (prépa + tournage + montage)Prix
Interview ou témoignage client, 2 min0,5 + 1 + 1,51 020 €
Vidéo produit pour les réseaux, 30 à 60 s0,5 + 0,5 + 1680 €
Captation d’une conférence, 1 journée0,25 + 1 + 1765 €
Film institutionnel, 2 à 3 min1 + 2 + 42 380 €
Mariage (journée longue, comptée double)0,5 + 2 + 42 210 €
Montage seul, rushes fournis, 3 min0 + 0 + 2680 €

Ces montants ne sont pas une grille du marché. Ce sont les tiens dès que tu remplaces 340 par ton chiffre et que tu ajustes le nombre de jours à ta façon de travailler. Un monteur rapide sur un film institutionnel ne facture pas moins cher : il gagne mieux sa journée.

Tout ce qui suit s’ajoute au prix et ne se noie jamais dedans : déplacement, hébergement, location de matériel spécifique, musique sous licence, sous-traitance, drone, second opérateur.

Si tu ne vends que du montage, la logique reste la même mais les jours facturables changent, et la prospection aussi : c’est détaillé dans le guide monteur vidéo freelance.

Ce que tu oublies de facturer

Le dérush. Six heures de rushes ne se montent pas en une matinée. Le tri fait partie du travail, il se compte en jours.

Les allers-retours. Annonce deux séries de retours inclus dans le devis. Au-delà, c’est facturé. Sans cette ligne, un client indécis peut doubler ton temps de montage sans jamais s’en rendre compte.

La cession de droits. Une vidéo diffusée sur le compte LinkedIn d’une PME et la même vidéo passée en publicité télé pendant deux ans n’ont pas la même valeur. La durée, le territoire et les supports de diffusion se négocient et se facturent séparément.

Les fichiers sources. Le projet Premiere Pro, les rushes, les exports multiples : si le client les veut, ils se paient.

Le déplacement. Trois heures de route aller et retour, c’est une demi-journée de ta semaine.

Les erreurs qui plombent tes tarifs

Casser ton prix pour décrocher le projet

Un client acquis à 40 % de remise reviendra l’année suivante avec le même prix en tête. Tu ne remontes presque jamais un tarif sur un client existant. Le rabais de départ te suit pendant des années.

Facturer le temps passé plutôt que le résultat

Deviens meilleur, tu vas plus vite, tu gagnes moins. L’absurdité saute aux yeux quand tu l’écris. Un devis se construit sur la valeur du livrable, avec le TJM comme garde-fou interne.

Confondre prix bas et argument commercial

Le client qui choisit uniquement le moins cher partira dès qu’il trouvera moins cher que toi. Ceux qui restent choisissent la fiabilité, la qualité du son, le respect des délais, la simplicité des échanges. Et un prix se tient d’autant mieux que plusieurs demandes tournent en parallèle : c’est tout l’objet du guide trouver des clients vidéaste.

Annoncer un prix à l’oral, sans devis

Un chiffre lâché pendant un appel devient une référence dont tu ne te débarrasses plus. Écoute, note le besoin, envoie un devis écrit sous 48 heures.

Oublier de te payer les jours creux

Ton tarif journalier doit couvrir les semaines sans tournage. C’est toute la logique de l’étape 2. Un TJM calculé sur 200 jours est un TJM de salarié déguisé.

Comment augmenter tes tarifs

Ce qui fait monter un tarif, ce n’est pas le matériel. C’est ce que tu montres et ce que tu sais garantir.

Un portfolio de trois vidéos vraiment bonnes vend mieux que douze vidéos correctes. Un son propre fait plus pour ta crédibilité qu’une caméra à 6 000 €. Un client qui reçoit ses fichiers à la date promise te recommande. Le passage au tarif supérieur suit le passage au niveau supérieur, et c’est le sujet du guide devenir vidéaste pro.

Concrètement :

  1. Choisis un type de projet et deviens visiblement bon dessus, plutôt que d’accepter tout ce qui passe.
  2. Refais ton portfolio avec tes trois meilleures vidéos, pas tes trois dernières.
  3. Augmente de 15 à 20 % sur les nouveaux clients, sans prévenir les anciens.
  4. Propose systématiquement une option supplémentaire au devis : version courte pour les réseaux, sous-titres, seconde caméra.
  5. Refuse un projet par trimestre. C’est le meilleur signal que ton prix est le bon.

Le reste vient avec la maîtrise technique. Un vidéaste qui gère la lumière, le son et le montage sans stress livre plus vite et facture plus haut. Si tu n’es pas encore à l’aise sur toute la chaîne, commence par apprendre le montage vidéo et par comment devenir vidéaste.

Ma recommandation

Fais le calcul aujourd’hui, même approximatif. Un tarif qui repose sur trois chiffres imparfaits vaut mieux qu’un tarif copié sur un inconnu.

Ensuite, tiens-le pendant six mois. Note ce que tu factures vraiment, refais l’opération, ajuste. Le tarif juste n’apparaît pas d’un coup, il se corrige à chaque trimestre.

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FAQ : tarif vidéaste freelance

Quel est le tarif d’un vidéaste freelance en France ?

Un vidéaste qui débute facture souvent entre 150 et 250 € la journée, un profil confirmé nettement plus. Ces fourchettes ne veulent rien dire tant que tu n’as pas calculé ton propre plancher à partir de tes charges et de tes jours réellement facturables.

Quel TJM viser quand on débute ?

Vise le TJM qui couvre ton objectif de revenu avec 120 jours facturés, pas 200. Pour 2 000 € net par mois et 6 000 € de charges pro, le calcul donne environ 336 € la journée en micro-entreprise BNC.

Comment facturer le montage vidéo seul ?

À la journée de montage, en comptant le dérush. Un film de 3 minutes à partir de rushes fournis représente souvent deux jours complets, tri, étalonnage, mixage et exports compris.

Combien facturer un mariage ?

Compte la journée de tournage double, parce qu’elle dure de la préparation de la mariée jusqu’à la soirée, puis ajoute trois à quatre jours de montage. Au TJM de 340 €, le projet complet tourne autour de 2 200 €, hors déplacement et hors droits musicaux.

Faut-il afficher ses tarifs sur son site ?

Afficher un prix de départ (“à partir de”) filtre les demandes hors budget et t’évite des rendez-vous inutiles. Afficher une grille détaillée t’enferme dans un prix avant même d’avoir compris le besoin du client.

Quel statut pour facturer ses vidéos ?

La micro-entreprise suffit pour démarrer, avec 25,6 % de cotisations en BNC en 2026. Elle devient limitante quand tu achètes beaucoup de matériel, puisque tu ne déduis aucune charge réelle. C’est le moment de regarder l’EURL ou la SASU avec un comptable.

Comment augmenter ses tarifs sans perdre ses clients ?

Applique le nouveau prix aux nouveaux clients uniquement, et laisse les anciens sur l’ancien tarif jusqu’à leur prochain projet d’ampleur. Une hausse de 15 à 20 % passe presque toujours quand le travail livré est régulier.